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Interview d' Estelle Metrot : accompagnement pré et post-conceptionnel dans le cadre du désir d'enfant

Bonjour Mme PHELIPPEAU METROT. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? 


Diplômée d’une Grande Ecole de Commerce, j’ai longtemps été consultante, formatrice, coach en entreprises, tout en poursuivant un riche parcours de formation en thérapies brèves et humanistes - PNL, Hypnose, Systémique, Voice Dialogue, notamment – avant d’approfondir les transmissions familiales avec la psychogénéalogie.
Aujourd’hui, je suis analyste transgénérationnel, thérapeute spécialisée en accompagnement préconceptionnel. Je reçois à Paris et aussi par Skype, des personnes de toute la France, de Belgique, de Suisse, et bien au-delà.

Comment en êtes-vous arrivée là où vous êtes actuellement ?


Les approches thérapeutiques auxquelles je me suis formées ont été très précieuses dans mon propre cheminement pour devenir mère il y a 15-20 ans : j’y ai trouvé des ressources pour traverser des difficultés fertiles et accueillir nos 3 enfants par l’adoption et la PMA.
Et à la croisée de mon parcours professionnel et de cette expérience personnelle s’est dessinée une réflexion sur les mutations sans précédent de nos façons de faire des enfants et faire famille au XXIème siècle . J’ai développé un regard sur la façon de leur donner du sens, les vivre et surtout les accompagner.
J’ai commencé par rédiger des articles sur un blog, et proposé des Cercles de Fécondité. C’est ainsi que sont apparues des sollicitations d’échange, d’aide, de conseils, et qu’est née, il y a une dizaine d’années, une consultation d’accompagnement préconceptionnel, à Paris, puis à distance. Ont suivi des demandes de formation de professionnels.

En quoi consiste votre métier de thérapeute pré conceptionnel ?

J’accompagne des femmes et des hommes, en couple ou célibataires, dont la réalisation du désir d’enfant pose questions : problème de fertilité, besoin d’une PMA, d’un tiers donneur … elles vivent ou s’apprêtent à vivre un débarquement en terre inconnue : elles découvrent souvent un vocabulaire, des pratiques médicales, modalités sociétales de conception qu’elles n’avaient pas envisagées pour elle-même. Cette façon non conventionnelle de faire un bébé et/ou de faire famille leur pose des questions inédites, leur fait rencontrer des obstacles inattendus et mobiliser des ressources nouvelles.
Par le dialogue et une série de protocoles et supports variés d’exploration et représentation, l’accompagnement préconceptionnel permet à chacun-e de dresser la carte du territoire de sa traversée pour de venir parent. Il/Elle développe les repères et ressources qui lui permettront de faire de ce temps pré-conceptionnel déstabilisant un temps fécond pour lui-même et pour un possible enfant. L’enjeu de vivre au mieux ce temps-là tient au fait qu’il est la pré-histoire des adultes dans leur parentalité et la pré-histoire des enfants à naître.
Les demandes des personnes en désir d’enfant tournent le plus souvent autour d’une ou plusieurs de

3 grands types de questions :


• «Pourquoi est-ce que je rencontre cette situation ou cette difficulté dans ma vie ? Ils présupposent souvent qu’en trouvant des causes, physiques, psychiques, relationnelles, ils pourraient lever de possibles obstacles. Je pense qu’à minima en donnant du sens, ils retrouvent un sentiment de cohérence qui leur permet d’avancer. J’observe aussi que considérer les héritages transgénérationnels, les positionnements éthiques et spirituels personnels et familiaux, donne souvent des clés pour faciliter une conception.


• « Quoi faire maintenant ? quelles options privilégier ? quelles techniques de PMA ? Don de gamètes ou pas ? Simple ou double ? Anonyme ou pas ? Dans quel pays ?… Explorer à la fois les désirs, l’éthique personnelle, les ressentis qui sont associés aux divers scenarii, facilite les prises de décisions, le choix d’une direction assumée pour ceux qui sont à la croisée des chemins.


• « Comment vivre au mieux cette expérience ? Comment raconter à notre enfant notre histoire, son histoire ? Et à l’entourage ? » Il s’agit de traverser le chaos d’un futur qui n’advient pas comme on l’espérait, d’accepter une histoire bouleversée au niveau personnel, du couple, familial, professionnel, social, … et de faire des deuils induits une opportunité de conscience et de croissance. Il est aussi question de renouer avec un récit porteur de vie, une narration dans laquelle un enfant puisse construire son être, son identité, ses appartenances, quand il se demandera « comment fait-on les bébés ? » ou encore « A qui je ressemble ? ».

Depuis quand existe la possibilité de recourir au don de gamètes ?

La créativité humaine pour solutionner ses difficultés, notamment fertiles, est extraordinaire. Toutes les sociétés ont cherché des solutions, sociétales, à l’infertilité. La référence biblique à des couples et matriarches stériles comme Sara ou Rachel, et à des grossesses portées par des servantes comme celle d’Ismaël par Agar, témoigne, au-delà de la portée spirituelle du texte, de probables réalités sociétales anciennes d’infertilité et de formes de GPA. Le don d’enfant demeure une pratique courante dans certaines sociétés africaines. Le recours à un ami, amant, … a été probablement une solution à la stérilité masculine de tout temps, combien même elle a pu être vécue de façon coupable, honteuse et secrète.
C’est depuis la fin du XVIIIème siècle que la science et la médecine ont commencé à mieux comprendre le fonctionnement de la reproduction sexuée et à assister le don de spermatozoïdes en réalisant des inséminations dans les cabinets médicaux. Avec la possibilité de conserver le sperme apparue dans les années 50, sont constituées des banques de sperme dès les années 70; en France elle ont été encadrées par la loi, des choix éthiques et de « bonnes pratiques » dans les CECOS dès 1973.
Pour les ovocytes, c’est seulement avec le prélèvement ovocytaire et la cryogénisation des ovocytes et des embryons que se sont peu à peu développées les possibilités de don entre femmes. La première naissance post transfert d’embryon humain date de 1984.
Si accueillir un enfant conçu avec don de sperme vient convoquer toute une série de tabous moraux et de peurs, porter la vie grâce au patrimoine génétique d’une autre femme constitue une expérience inédite à l’échelle de l’humanité. C’est tout un processus intime que de renoncer à ses propres gamètes et de symboliser cette conception, donner une juste place au don et à la donneuse pour se sentir pleinement mère.


La découverte de l’épigénétique et son impact sur le développement de l’enfant peuvent-ils aider à cette acceptation ?


Jeune science, l’épigénétique nous permet de comprendre que l’expression des gènes dont nous héritons est influencée par notre environnement et notre vécu et que cette expression génétique est transmissible. En conséquence, l’expression génétique du bébé en gestation va être liée à son expérience in utero, donc à celle qui le porte. Après la naissance cette expression du bagage génétique continuera à être partiellement fonction de l’environnement que lui offrent ses parents et ses expériences de vie personnelle et familiale.
Une grande question des parents dans les conceptions par don de gamètes est celle de la ressemblance, qu’ils imaginent être source de reconnaissance de cet enfant comme le sien et de reconnaissance de leur qualité de mère et de père par l’environnement et par l’enfant. Outre l’épigénétique, c’est le mimétisme qui va aussi largement contribuer à façonner des ressemblances et des sentiments d’appartenance. Et puis dans les sociétés humaines l’affiliation se fondent sur bien d’autres composantes que la génétique.


En quoi consiste l’accompagnement post-conceptionnel ?


Chaque femme enceinte bénéficie habituellement d’un accompagnement autour de la grossesse, la naissance et du post-partum. J’observe avec d’autres professionnels que la première porte de la vie qu’est la conception, influe largement sur le vécu des étapes suivantes et le tissage du lien parent-enfant.
Le recours à des modalités de conception nouvelles mobilise des remaniements symboliques qui pour certains appellent un accompagnement pas seulement pendant une PMA mais aussi pendant la grossesse, autour de la naissance, et même à différents temps clés de la croissance de l’enfant. Raconter et symboliser l’histoire d’amour et de filiation qui s’écrit peut avoir besoin de se faire de façon répétée, selon les moments de la vie.


Rencontrez-vous des cas d’abandon du projet d’enfant ?


Chaque chemin est singulier. Si pratiquement, médicalement, beaucoup de possibilités semblent offertes, physiquement tout n’est pas toujours possible, et psychiquement et éthiquement tout n’est pas acceptable pour tous. Pouvoir entendre avec bienveillance ses ambivalences, la part de soi qui dit « je veux un enfant » et les parts de soi qui parfois doutent, qui portent d’autres projets, nécessités ou ne sont pas « prêtes à tout » est important. L’enjeu est l’écologie personnelle et familiale future.

Finalement, la finalité de votre suivi n’est pas forcément la grossesse. N’est-ce pas ?


Un accompagnement réussi de mon point de vue est celui qui aura permis d’enrichir un processus de conscience, de cheminer vers les meilleurs choix pour soi et pour les possibles générations à venir. Le désir d’enfant est complexe : désir de grossesse pour beaucoup, il est aussi désir de renouveau, de renaissance, de transmission, désir de fécondité au sens large.
La finalité n’est-elle pas d’honorer la vie en soi et l’infinité des chemins possibles pour cela ?

Lien vers le site d' Estelle Phelippeau-Metrot  :  http://www.1001fecondites.com

Informations pratiques pour contacter Estelle Metrot https://www.lescigognesdelespoir.com/accompagnement-preconceptionnel-analyse-transg%C3%A9n%C3%A9rationnelle-paris,p,10.html

Article publié par l'association de lutte contre l'infertilité "Les Cigognes de l'Espoir" Tous droits réservés